Voici comment vous devez prier: « Notre Père qui est dans les cieux … » (Matthieu 6:9)

Young woman reading biblePendant toute la durée de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous proposons l’étude de cette prière que le Christ nous a laissée : le Notre Père.

Rendez-vous donc chaque matin pour un pas de plus chaque fois…

Contexte

Dans l’Évangile selon Luc (11), la prière enseignée par Jésus à ses disciples est une réponse à leur demande « Enseigne-nous à prier ». Il n’en va pas de même chez Matthieu, où le « Notre Père » prolonge l’enseignement général sur la prière.

Un enseignement du reste à caractère polémique : Jésus avertit ses disciples d’une part de ne pas prier dans l’intention de se « montrer aux hommes » comme le font les « m’as-tu vu » des synagogues (6:5), et d’autre part de ne pas faire comme les païens qui s’imaginent que la divinité se laisse fléchir par l’abondance des paroles qui leur est adressée (6:7). Il faut souligner que l’erreur de cette prière païenne à laquelle Jésus fait référence n’est pas tant d’être longue, que de prétendre, par sa longueur, « faire pression sur » (impressionner !) la divinité.

« Voici donc comment vous devez prier ». De manière plus littérale, on pourrait traduire « Vous donc, priez ainsi ! » L’avantage de cette deuxième version est son caractère impératif, fidèle à la forme du verbe dans le texte original (le Nouveau Testament a été rédigé en grec). Un impératif qui mobilise notre volonté de prier, et qui introduit la manière dont Jésus nous situe par rapport à Dieu.

 « Notre Père »

Dans l’Évangile, « Père » est le nom privilégié de Jésus pour désigner Dieu. Et c’est là que se trouve la force de cette appellation. Non pas que le terme de « père » pour désigner Dieu soit radicalement nouveau, mais dans les propos de Jésus il a une place quasi exclusive. Comme s’il n’y avait plus, dans l’union avec Jésus, d’autres manières légitimes de s’adresser à Dieu, tant sa révélation comme Père est centrale dans l’Évangile. Centralité dont ne témoignent du reste pas suffisamment nos prières publiques, qui font un usage abondant du titre de « Seigneur », ou se contentent de dire « notre Dieu ». Et l’on peut se demander : pourquoi tant de résistance à dire « notre Père » ?

Nous sommes fils

En nous enseignant à dire « Notre Père », Jésus nous révèle plus encore que des « attributs paternels » de Dieu, comme par exemple celui d’engendrer ma vie. Il nous révèle Dieu comme Père en se révélant lui-même comme Fils. Et là nous entrons dans le domaine de la relation, qui déborde celui de la fonction. La fonction, c’est la place qu’une personne occupe par rapport à une autre. La relation tient compte de cette place, mais l’intègre dans une rencontre, une appartenance et une intimité qui changent la vie en profondeur. Comme le dit l’apôtre Paul : « Dieu a envoyé son Fils… pour que nous recevions l’adoption. Et parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie ‘Abba, Père’ Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils… héritier grâce à Dieu » (Ga 4:4-7).

Nos résistances

Nous rencontrons là nos difficultés à nous situer comme « fils du Père » et non seulement comme « serviteurs du Seigneur ». Le pasteur Alphonse Maillot, dans son commentaire sur le « Notre Père », fait remarquer à juste titre en effet que « le vrai Père ne se substitue jamais à ses enfants, mais les aide à devenir majeurs. Il ne nous remplace pas dans l’action, il nous apprend à la faire. La prière devient dès lors l’heure du partage en paroles de ce qui doit être accompli ensuite. […] Nous sommes impliqués immédiatement par ce que nous demandons à notre Père. Et c’est pourquoi cette image de père ne nous est pas familière. Car nous ne désirons pas naturellement être impliqués, embarqués. » « Nous », c’est bien sûr à la fois ceux qui prient et ceux en faveur de qui la prière est prononcée, tant elle nous est à tous commune cette résistance à une action qui découle de la prière.

Nous sommes frères

Cette dimension de la relation va plus loin encore. Même prononcé dans le secret de sa chambre, le « Notre » qui introduit cette prière doit nous faire chasser l’idée égoïste et trompeuse que nous serions, chacun isolément, des fils uniques de Dieu, séparés chacun par les cloisons de notre chambre « toi dans ton coin sombre et moi dans le mien ! ». En disant « notre Père », je me place dans une relation qui m’engage résolument à vivre comme enfant du Père et comme frère de mes frères !

 

Cette série de méditations a été publiée dans PLV entre décembre 1998 et septembre 1999″.

À propos Pierre-André Schaechtelin

Pierre-André Schaechtelin, pasteur de l’Église protestante unie de France.

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