Vous aimerez l’émigré !

736385_70323539 - immigréJe regardais atterré cette nouvelle diffusée en entrefilet sur une chaîne d’information télévisée : « Plus de trente personnes trouvées mortes dans un bateau d’émigrants au large de la Sicile. » Au dessus du texte, un journaliste souriait largement des résultats d’un match de l’équipe de France.

Combien sont-ils et seront-ils encore à braver les éléments pour rechercher une vie meilleure que chez eux ? Combien ayant survécu bravent ensuite les jugements et les dures conditions de survie loin de chez eux ? D’où viennent-ils si ce n’est d’une vie que nous nous évertuons à ne plus vouloir voir ? Qui sont-ils, si ce n’est ceux que nous ne supportons plus de voir ? Ils sont marqués de cette étiquette qui masque leur identité profonde au regard du plus grand nombre : « Emigré ! » Voici donc un texte court et pertinent tiré de la Bible :
« Vous aimerez l’émigré, car au pays d’Egypte vous étiez des émigrés. » (Deutéronome 10.19)

Cette prescription du Deutéronome ne manquera pas d’évoquer la parabole bien connue du bon samaritain. Il ne suffit pas à Dieu que nous tolérions la présence de l’émigré, il veut que nous l’aimions. Les deux commandements les plus grands me paraissent ne jamais devoir être séparés : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. » Jésus les a incarnés à la perfection. Ils me paraissent à ce point liés que manquer d’amour pour le prochain impliquerait inévitablement manquer d’amour pour le Seigneur. L’émigré est aussi ce prochain à aimer.

Mais remarquons la raison invoquée pour ce devoir d’amour : car vous aussi vous étiez émigrés ! Les israélites avaient été des immigrés souffrants en Egypte. Dieu qui les a libérés attend qu’ils ne se comportent pas comme leurs oppresseurs mais qu’au contraire, ils alignent leur conduite sur celle de leur libérateur. Écoutons cette autre phrase bien connue prononcée par Jésus : « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jean 15.12)

L’amour requis ne repose donc pas premièrement sur le sentiment d’amour et les émotions qui lui sont liées. Dieu nous a aimés alors que nous n’étions guère aimables à ses yeux. L’amour que Dieu attend de nous, c’est celui qui est motivé par notre amour pour Jésus-Christ. C’est l’amour de la réponse, nous sommes appelés à aimer parce qu’Il nous a aimés. Ce qui rend unique l’amour chrétien, c’est la raison qui le fonde : Dieu nous a aimés, libérés et fait revivre en Jésus-Christ.

Dès lors, que notre amour prolonge le sien auprès de ceux qui en manquent tant, et l’émigré parmi eux…

 

À propos Thierry Bulant

Thierry Bulant est pasteur de l'EEL d'Avignon

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